L’absent
 
 
 
 
Une femme amoureuse...
La ronde et belle créature est offerte à l’amour sur un lit à baldaquin.
Ses yeux d’un bleu profond invitent au lâcher prise, à l’abandon de soi, à l’intense sensation du désir, à l’exquise esquisse d’une caresse de tous les sens. Délectable fourmillement de la chair, qui appelle la rencontre.
 
« La rondeur majestueuse aux soleils bleus, cache son sexe derrière ses mains », a écrit Marguerite sur son calepin.
 
Près d’elle, le chat ronronne langoureusement. Une larme coule sur la joue de celle qui attend son amant qui est au loin. Elle n’est pas sûre de le revoir. La mer, sa rivale l’attire insidieusement.
Mistigri la tire de sa rêverie. Il a faim. Elle se souvient alors n’avoir rien mangé depuis le matin. Elle jette des croquettes au félin domestiqué. Mais elle n’a pas envie de se nourrir. Le désir torturant et le manque de celui qui la comble pleinement, lui donne la nausée. Une douleur dans tout son corps traduit son abattement.
 
L’homme de ma vie… peut-être ! Elle ne sait plus. Elle dirait sans hésitation l’homme de sa peau, tant l’effleurer est enivrant. Mais ce doux et profond vertige la met en danger. Elle le sait. Le mâle est un piège lorsqu’il réveille en soi, la chambre des souvenirs de l’enfance… Hadrien lui rappelle la mer, la chaleur, l’insouciance des plages où elle a grandi.
 
Et s’il advenait qu’il mourut en mer, que ferait-elle ? Elle ne saurait vivre sans lui à tout jamais, sans ses bras lourds et chauds autour de son corps, sans son souffle tiède dans son cou. Elle ne pourrait se passer de ses boucles brunes sous la rondeur de ses doigts, de sa lourdeur légère contre elle.
 
« Daphné s’abandonne à Apollon, transformé en chêne. Du lierre s’enroule autour de l’écorce de cet arbre majestueux et libre, fleurissant du bonheur d’être ensemble. »
« La femme est une fleur rayonnante de se savoir aimée, chérie, désirée. »
Marguerite mordille son stylo, en se relisant.
 
Puis, elle repense, nostalgique, aux bavardages câlins de son histoire d’amour avec Hadrien. Le souvenir des moments doux lui fait perdre l’équilibre. Elle se sent tomber dans un couloir profond où sa peau malmenée par l’absence tombe en morceaux.
Son refuge, son baume, sa bouée dans cet océan tumultueux de la passion contrariée est son parfum. Parfum talisman… Elle s’asperge alors de son eau préférée dont la fragrance sucrée invite à la joie. Elle se lève ensuite, portée par un vent d’enthousiasme, se fait avec plaisir un café serré et soulagée, pendant un court moment, de sa folie passagère, à l’échelle de l’éternité, se sent comme libérée du poids d’un envoûtement.
 
En proie à un éclair de lucidité, Marguerite prend pleinement conscience du jeu auquel elle se livre avec Hadrien. Jeu du chat et de la souris, mené avec une douceur tendre, une infinie délicatesse, une insoutenable légèreté de l’être mais dont l’issue serait fatale en cas d’accident !
Elle se décide à lui parler lorsqu’il rentrera, de son désir d’enfant, de son envie d’aller vivre au bord de la mer où il pourrait peut-être concilier ses deux amours. Elle espère qu’il fera le choix de ne plus prendre le large pendant de longs mois, qu’il se contentera d’une rencontre quotidienne avec la grande bleue, qu’il quittera, chaque soir pour retrouver deux lagons turquoise, emplis d’amour, sur la terre ferme.
 
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