Vision
Cher oiseau,
Te revoilà. Mais ce soir tu voles bas. Ton âme lourde raisonne, ton esprit chagrin frissonne. Tu luttes. Tu luttes contre un élan doux puis piquant. Tu luttes pour comprendre, pour te délivrer et cheminer. Plus loin ensemble ou seul assurément. Tu manques de courage. La solitude fait rage. Elle t'enrage.
Tout pèse. Tu rases la terre. Tu te sens écrasé par le poids du chagrin. Tu te sens déchiré, éprouvé. Tu veux y arriver ! Voir clair, heureux et léger, sans esprit de faute t'élever. Y arriveras-tu ? Que de tentatives malheureuses, suivies de récidives, fautives, trop hâtives.
La hâte ! Elle fait rage. L'impatience. Tribut de l'enfance te mène, oiseau blessé. Tu connais ta plaie, mais elle te soumet. La douleur te rend ivre, t'aveugle. Tu ferais tout pour y échapper ! Même te compromettre.
Tu t'oublies, mu par ta douleur, ton maître ! Tu n'es alors plus qu'émotions. Tu oublies tes réflexions, tes conclusions, ce que te dicte ta raison.
Bel oiseau, tiens bon !
Rien de bien ne se fait dans la hâte.
Apaise-toi. Vole, vole, vole, sans perdre un instant de vue ce qui est sous toi.
Tu sais voir grand et ample, ne l'oublie pas. Le chemin s'ouvre, crois-moi.
Le vieil homme ferma les yeux. Le feu crépitait face à lui. L'assemlée regarda Yunaïama, le guerrier qui venait de recevoir la vision. Il se leva et dansa en signe de remerciement. Puis il regagna sa place et un autre membre de la tribu s'assit devant le chaman.
*
La douleur doit être traversée pour que l'être retrouve sa liberté.