La rage d’exister
 
 
 
 
 
« La foule s’entassait devant les barricades, hagarde, agressive.
Ils voulaient tout casser. »
 
 
Ils étaient des milliers. Haineux, révoltés, fous de colère. La vie les oubliait, les délaissait, les menaçait. Ils n’étaient pas nés au bon endroit. Tout simplement. On ne choisit pas ses débuts… les premières pierres, la rangée première d’une vie, se fait malgré soi, voire contre soi et même au détriment de soi… Elle est là, forgée par d’autres et on n’y peut rien. On doit poursuivre ce qu’un autre a commencé, projeté, désiré. Et parfois, on se contorsionne pour aller vers un ailleurs, dans une autre direction que celle esquissée par ceux qui nous on mis sur les rails…
 
Eux ils n’en voulaient plus de leurs rails, de leurs trains, de leur banlieue. Ils auraient aimé changer de nom, de peau, de couleurs d’yeux. Et ils se haïssaient de ne pas s’aimer ni s’accepter tels qu’ils étaient. Ils souffraient de leur trop zélé rejet d’eux-mêmes ainsi que de leurs origines et de leur identité.
 
La haine d’eux-mêmes venait nourrir leur haine des autres. Les autres… ceux qui étaient nés là où on s’appelait Dupont, Durand, Dumont ; ceux qui étaient nés dans ce pays qui demeurerait à tout jamais, pour la foule hagarde et agressive, un pays étranger, bien qu’ils y avaient poussé leur premier cri.
Problème d’identité… de nationalité.
Au milieu de la foule pourtant, il leur arrivait d’oublier qu’ils avaient du mal à se situer. Ils ne formaient plus qu’un… Homme géant et menaçant, prêt à tout pour exister !

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