Coutume insulaire
Coutume Insulaire
Dans une lointaine contrée, un peuple indigène avait une coutume étrange
Un jeune homme partait au large sur une embarcation légère, escorté de deux vierges
Il devait au cours du voyage se montrer assez fort pour sauver les deux en cas de tempête
Les jeunes femmes devaient surmonter leurs différends pour survivre
Elles étaient choisies en raison de leur rivalité et inimitié
L'étonnant équipage devait passer quarante jours en mer
A tour de rôle, chacune avait le droit de monter sur la barque
Les femmes baignant dans l'eau tiède des mers tropicales
Pendant que l'homme se prélassait sur son embarcation légère
A tour de rôle elles montaient et se reposaient
Ecoutant le chant merveilleux du jeune homme talentueux
Il aimait éperdument les deux
Celle qui avait grandi avec lui, sur l'île
Et l'étrangère, venue d'une tribu voisine
Il se délectait de leur compagnie, composait des vers enchanteurs qu'il entonnait de sa voix douce
Les jeunes femmes étaient charmées
Une nuit le tonnerre gronda, aussitôt suivi d'éclairs puis d'une pluie qui ne cessait de croître
Le jeune homme affolé regardait les deux femmes immergées
Il se pencha et les fit monter l'une après l'autre
Cela fut curieux pour les promises de se trouver côte à côte
Elles ne supportèrent pas leur rencontre
Elles commencèrent une lutte acharnée
L'homme regardait impuissant
Dans une étreinte brutale, elles basculèrent dans l'eau noire
L'homme regardait impuissant
La pluie, les éclairs, la colère
Les jeunes femmes se noyaient
L'homme regardait impuissant
Puis il tendit la main vers son autochtone
Et partit horrifié laissant l'étrangère se noyer
Il ne se tourna pas
Il entendait ses cris mais s'efforçait de les ignorer
Il arriva au port
Hargard, harassé
La jeune femme sauvée sauta à son cou
Heureuse d'avoir été l'élue
Lui, ne se supportait pas
Comment avait-il pu abandonner la deuxième vierge ?
Il accompagna la jeune femme chez ses parents
Puis retourna sur la plage
Là, un bel arbre offrait ses branches solides au vent
Il y enroula une corde et fit un noeud
Il s'envola un court instant
Puis la branche de l'arbre rompit
L'homme surpris reprit son sang froid
Il décida d'arracher de sa mémoire la femme noyée
Ses cris le hantaient parfois dans la nuit
Il se haïssait puis oubliait très vite
Mais peu à peu il s'enlaidit
Son visage prit les mauvais plis de son coeur
Et tel Dorian Grey
Le beau poète devint maudit
Dans ses songes, il apercevait parfois l'âme de la noyée
Il ne pouvait soutenir son regard
Il regardait le sol, honteux et lâche
Indigne et misérable