Nuit étoilée.

Loups qui hululent,

chouettes qui volettent,

forêt en fête.

Arbres, feuilles, buissons, écureuils, escargolettes, hérissons, tout chante la douceur de vivre, la fureur d’être et le mal-être. Oh, celui-là ! Je lui ferai bien une tête ! Mais laquelle ? Violette, bleue, rouge assurément. Une sale tête, une vilaine fête, une atroce risette. Défiguré, rejeté, honni, humilié. Plus jamais il ne reviendrait. Gare à toi malheur des bois !

Je me tiens féroce, plantée dans les bois, gueule écumante, dents saillantes, l’air très méchante, prête à l’attaque. Nul ne bouge ! Nul n’attaque ou gare à lui. Fuyez !

« Vienne la nuit, Sonne l’heure, Les jours s’en vont, Je demeure », dit la voix au fond du bois -voix chaude, ronde, aux volutes sucrées, enroulantes et enroulées qui s’élèvent dans la cathédrale verte. Je vois la femme couleur de terre, aux rondeurs rassurantes, imposantes, magnificentes qui s’épanouit dans l’espace et le temps avec ses notes magiques, uniques, fruits de l’instant. Posée et volante, magicienne rassurante, elle me hante. M’arranchant à la terre, m’emmenant dans de hautes sphères cosmico-délirantes. Délirante, je m’éverture à m’enraciner dans cette verte contrée, palace fécond et fertile aux mille et une charmilles. Une cabane m’attend quelque part. je la trouve, je m’installe, je m’étale. Pourquoi se contraindre, se restreindre, là où la limite est sans cesse repoussée, recréé, renégociée. Je prends ma place, toute la place que j’ai envie de prendre. Le chant chaleureux emplit l’air de ses notes suaves. Je savoure. Les notes pénètrent ma bulle puis mon être. Elles me tirent, m’attirent, me propulsent en avant, m’invitant au mouvement. Douce cadence, je me balance, m’élance, me transcende. Je me fais note, bulle légère et magique, extatique, qui se fixe sur les branches puis s’éclot dans un écho doux, suave et enivrant. C’est si bon.

Et tu es là… Doux brun aux boucles géantes, robustesse élancée, douceur fougueuse. Ensemble, nous traversons l’espace, nous nous lovons dans une étreinte fugace, nous sommes un. Beaucoup plus que un cependant car ce un est né de deux. Deux fois plus forts, deux fois meilleurs, deux fois plus de bonheur. Quel doux heur – douceur ! A la bonne heure ! Des carillons imaginaires célèbrent ma joie d’être toute à toi et que tu ne sois rien qu’à moi. Et si nous marchions ? Main dans la main, évidemment ! Nous avançons dans notre nudité première, vers le fond des bois. Quel est ce fond ? Existe-t-il ? Le fond que nous cherchons, que nous voulons et souhaitons. Fond charmant, accueillant, rassurant, que nous reconnaîtrons, que nous adopterons et qui nous adoptera. Un fond qui fondra, un espace ouvert et chaleureux, clos et protecteur, doux et intense, comme un chocolat chaud.

Le refrain reprend soudain de sa puissance à travers la forêt aux mille branches, s’élevant, descendant, caresse et souffle, étreinte et invitation. Nous irons plus loin, nous poursuivrons cette route jusqu’au bout du monde, jusqu’à l’aube féconde de mille possibles.

La nymphe et le faune avancent ainsi jusqu’à disparaître à l’horizon.

Moi, je reste enracinée, veillant à chasser de ce bois enchanteur et si prometteur, le masque du malheur. Je grogne, je peste, je lui signifie qu’il ne me fait pas peur. Je me fais gardienne des bois. Tant que je serai là, il ne rentrera pas. En tout cas, je le souhaite. Le malheur peut-il cesser cependant ? S’arrêter, se tarir comme une source trop bue, trop goûtée, trop connue ? Pourquoi pas ? Pourquoi ne pas s’autoriser à penser que le goût trop familier du malheur ne fasse fuir le buveur ou n’encourage la source à ne plus prodiguer le maléfique liquide ?

Maléfique liquide… C’est finalement bien simple. Prendre ou pas ce qui me tend les bras. Décider de ce que l’on met en soi. Du doux et chaud ou du froid piquant. Mais ce n’est pas si simple. Si toujours j’ai eu du pique, gratte et grogne, toujours par fidélité, j’en redemanderai. Ce sera plus fort que moi. Plus fort que moi ! A moins que je ne me surveille et n'apprenne un nouveau langage fait de bienveillance et d'authenticité - comme le nôtre ! Je suis à l'aube d'une nouvelle ère.

EH 13 août 2014

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