Privilège

Le soleil se lève
Sur la mer paisible
Le soleil se lève
Caressant
Je ne puis arrêter son cours
Je le contemple
Reconnaissante
De sa grâce
De l'instant unique qu'il m'offre
A moi, à mon être tout entier
Dans son infinie modestie
Dans son immense grandeur
Soleil tu te lèves pour moi !
 
 
Le bonheur fugitif me salue
Sur la pointe des pieds,
Il attend devant la porte pour s'échapper
J'ai peur de son départ !
Peur d'être aveuglée dans le noir !
Où son étincelle ne sera plus.
Qu'adviendra-t-il alors ?
 
 
Je ne le sais
Mais je sais que ces instants uniques où le soleil se lève
M'emplissent d'une ivresse mystique
Font de moi une privilégiée
Dotée de la capacité d'accéder à des félicités insoupçonnées
 
 
S'il est rude de redescendre dans la plaine
Après avoir respiré l'air si pur des cîmes
Faut-il pour autant renoncer à l'élévation
La peur de la douleur doit-elle prévaloir
Sur la soif d'absolu ?
 
 
Je cherche le bonheur, dit l'alpiniste
Explorateur de contrées inhabitées
J'y accède parfois au prix d'un arrachement
Du quotidien, du familier, du rassurant
Mais l'ivresse !
Mais l'ivresse !
Je ne saurais m'en passer trop longtemps
 
Arrivé aux confins du monde
Il respira profondément
Il communia avec l'univers
Il était l'univers
L'univers était en lui
Il abritait les étoiles
Il était la mer
Il respira profondément
S'emplit de ces instants
Comme s'il s'agissait de la dernière fois
Il ne savait pas quand il reviendrait dans un si bel endroit
Il ne savait pas quand il accèderait à nouveau au toit du monde
 
Mais il se savait élu
Il remercia et doucement commença à redescendre la haute montagne
Empli de son trésor
Empli de son trésor
Il était heureux, comblé, exalté
   
Plus rien ne serait jamais comme avant
 
Il était infiniment plus grand

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