Le fragile équipage
Le fragile équipage quitta la terre ferme, fragile... Tremblant, titubant. Sans allant. Où partait-il donc ? Nul ne le sait, nul ne le dit. Mystère. Peut-être se perdrait-il. Solitaire, isolé, incompris. Peiné de n'être pas plus grand, robuste, résistant, persévérant, sur la route ardue, tumultueuse et tempétueuse de la Vérité. Ainsi s'appelait cette mer d'un bleu profond, aux vagues tantôt si hautes, tantôt si douces. Mer attachante et si plaisante au fragile équipage. Il avait échoué là, un soir par hasard. Il avait aimé, adoré la sensation de liberté et de sérénité. Enfin il se sentait accepté. Avec ses doutes, ses failles, ses fragiles besoins. Mais il était reparti. Asservi et esclave d'un joug implacable et familier, il n'avait pas osé demeurer dans la mer Vérité. Les mers Compromis et Déni l'avaient rappelé. Il s'en était allé. La mort dans l'âme mais tellement habitué à se renier, s'oublier, ramper. Pour plaire au capitaine de la flotte géante où il se sentait profondément décallé. Mais il se forçait par habitude, résigné. La mer Vérité s'éloignait. De jour en jour. Lasse, désabusée de s'ouvrir au fragile équipage puis d'être délaissée. Puisqu'il préférait la souffrance, qu'il disparaisse, au vent mauvais, en proie à l'errance, éternelle et récurrente. Sysiphe des mers, hostiles, faux refuges aux lames coupantes, glaçantes, menaçantes. Trop peu caressantes et entourantes. Mais, il aimait souffrir. De toute évidence.