Cannes
Une foule s'agglutine devant les marches du palais. La star brune, aux longs cheveux qui caracolent sur son dos nu cligne des yeux fatiguée. Beauté traquée. La victoire est à peine savourée. Elle descend les marches aveuglée et quelque peu terrorisée. Où se trouve l'issue dans cette foule aimantée comme l'insecte par la lumière ? Nowhere. Or just overthere.
Elle s'avance sans hésiter, lente et persévérante. Persévérante. Confiante qu'au delà de l'essaim, elle trouvera le silence. Le silence du désert prospère de rencontre avec soi. Soie des émois rien qu'à soi, certitude de la pensée qui lui appartient à elle seule.
Soif d'absolu et faim de tendresse. La femme poursuit son chemin vers la plage, comme un mirage du désert qu'elle convoite. La foule s'entrouve devant la détermination de la brune silhouette et la regarde avec recueillement.
Recueillement mutuels. L'actrice avance sereinement. Ses pieds touchent le sable. Une vague les pourlèche. Elle se baisse. La foule au loin respecte son besoin d'être seule.
Elle a fermé ses yeux. Elle écoute le murmure caressant des vagues, s'emplissant de leur crue et de leur décrue. Elle devient soudain vague, s'étirant sur le sable, se rétractant dans le vaste océan. Le vaste, si vaste océan.
Etendue bleue ou noire où se reflète mon âme tantôt bleue tantôt noire.
Elle y plonge confiante ou inconsciente. L'apnée peut être cruelle mais, rebelle contre la peur, elle s'entête et remonte parfois exangue mais vivante et sûre de sa capacité à renaître. Phénix amphibie qui choisit la vie quel qu'en soit le prix. Entourée d'eau de toute part, la vague se sait aimée. Elle s'abandonne dans cette rencontre. A la fois une et tout. Le tout est en elle.